J'Accuse du mardì 4 Août 2026 Maroc et Algérie : les moulins à vent du Maghreb
La métaphore des moulins à vent du grand écrivain espagnole Miguel de Cervantes
Soyons clairs : la carte de l'Afrique du Nord ressemble au scénario d'un feuilleton géopolitique qui dure depuis plus d'un siècle. Les protagonistes absolus ? Le Maroc et l'Algérie. Deux voisins condamnés à se regarder en chiens de faïence, engagés dans une rivalité épique qui, à y regarder de près, rappelle étrangement la célèbre lutte contre les moulins à vent de Don Quichotte. Un déploiement colossal d'énergie, de ressources et de diplomatie pour combattre des géants imaginaires, alors que le seul résultat concret est... le vide. Une frontière blindée et fermée depuis 1994, où les deux pays préfèrent s'ignorer plutôt que de faire équipe.
Mais comment en est-on arrivé à un tel chef-d'œuvre d'immobilisme ?
Le début de tout : quand l'Europe a composé le menu
Pour comprendre le bazar, il faut rembobiner la cassette jusqu'en 1906. Imaginez la scène : c'est la conférence d'Algésiras. Les grandes puissances européennes, France et Espagne en tête, s'asseyent à table et décident de la manière dont elles vont se partager le Maroc. Sur le papier, elles prétendent vouloir « préserver la souveraineté du Sultan », mais dans les faits, elles jettent les bases du protectorat.
Le véritable coup de génie colonial, cependant, vient du tracé des cartes. Les frontières sont dessinées à la louche, amputant des territoires historiques du Maroc pour les offrir à l'Algérie (qui, à l'époque, était considérée comme un territoire français à part entière). Résultat ? Lorsque le Maroc et l'Algérie deviennent enfin indépendants, ils se retrouvent avec une bombe à retardement géopolitique entre les mains, faite de terre et de rancœur.
Le Sahara occidental : le moulin à vent favori
Le véritable affrontement « quichottesque » éclate en 1975, lorsque les Espagnols quittent le Sahara occidental. Le Maroc déclare que cette terre lui appartient et organise la Marche Verte. L'Algérie, qui ne peut évidemment pas regarder son voisin s'agrandir sans brancher, s'improvise protectrice du Front Polisario, le mouvement qui réclame l'indépendance du Sahara.
Depuis ce moment, c'est une charge continue, lance au poing. Le Maroc contrôle aujourd'hui 80 % de ce désert et s'y considère chez lui. L'Algérie dépense des fortunes pour armer le Polisario dans les camps de réfugiés de Tindouf et réclame un référendum qui ne verra jamais le jour. Entre-temps, en 2021, Alger a même rompu ses relations diplomatiques. Une foire de l'orgueil qui ne mène absolument à rien, si ce n'est à bloquer le développement de toute la région. Deux géants qui se font des crasses pendant que le reste du monde avance.
Ceuta et la valse des migrants : quand Rabat utilise l'arme de la pression
Dans cette pièce de théâtre, l'Espagne entre aussi en scène de temps à autre, cette ex-puissance coloniale qui se retrouve souvent au milieu des deux rivaux comme un arbitre distrait. Et le Maroc, pour faire comprendre à Madrid avec qui il convient de s'allier, a appris à utiliser une diplomatie... disons « spéctaculaire et délétère ».
Prenons les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Lorsque Madrid se montre un peu trop amicale avec l'Algérie ou accueille le chef du Polisario à l'hôpital, les ordinateurs de la surveillance frontalière à Rabat « tombent magiquement en panne ». En l'espace de quelques heures, des milliers de migrants se retrouvent à franchir la frontière entre le Maroc et l'Espagne. Ce n'est pas une crise humanitaire accidentelle, c'est un rappel géopolitique. Et au final, ça marche : Madrid, pour s'éviter la gestion du chaos, cède et déclare que le plan marocain pour le Sahara est « le plus crédible ». Tant pis si l'Algérie se fâche ensuite et menace de fermer les vannes du gaz.
Conclusion : l'appel à la raison
Entre l'héritage d'Algésiras et les coups de théâtre modernes, le Maroc et l'Algérie poursuivent leur duel très personnel. Deux excellents voisins qui préfèrent dépenser des milliards en armement et en mesquineries diplomatiques plutôt que de rouvrir une frontière et de créer un marché commun. Don Quichotte, au fond, serait fier d'eux : la chasse aux moulins à vent ne s'arrête jamais.
Pourtant, face à cet amour aveugle de la patrie qui pousse à la division plutôt qu'à l'union, les mots de Victor Hugo résonnent comme un avertissement tragique pour ces deux nations sœurs :
« On pourrait boire aux fontaines, prier dans l'ombre à genoux,Aimer, songer sous les chênes ; tuer son frère est plus doux. »
Tant que les deux géants du Maghreb préféreront la douceur amère de la discorde à la force de la fraternité, le grand rêve d'une Afrique du Nord unie restera une simple illusion littéraire.
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