Le vieux cahier d’automne, poème

 

Le vieux cahier d’automne, poème

 


Berthe Morisot - jour d'été  1879



Mes illusions tombent, telles des météorites,
Et mon cœur est la terre où elles s’embrasent
Comme la fin de l'été et l'or du soleil qui s'éffritent
Devant moi le vieux cahier de mémoire qui m’écrasent

Ses feuilles sont jaunes, d’émotions infinies
Où mes vers brisés y sont éparpillés
C'est moi, glissant sur le temps o pays terni !
Tantôt je me réjouis, tantôt je me sens vaciller

Mais l'automne avance avec ses mille tempêtes
Il dépouille les branches, enchante la forêt.
L’été, mon amour, l’été que l'on souhaite !
Et ces beaux jours passés, ma belle adorée…

Ils s'effacent déjà comme une brume légère
Aux yeux de mon cœur doux, encore si puéril
Mais dans le cahier, entre le vent et la colère
L'éclat de ton reflet se moque et se faufile

Aucun rayon ne peut plus venir m'éclairer
Aucune joie ne pourra jamais me revenir
Mon chant résonne dans le ciel azuré
Amour, espoir ardent que je veux retenir

Il ne me reste que l'encre, terne et froid
Et un poète blessé qui n'a pu s'adoucir

Si l’été revienne comme la joie

Je cesserai pour une fois de souffrir

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